Le journal d'un OVNI #1 - Le mythe de l'efficacité
On m’avait prévenue que le choc culturel, même si on partage une frontière, serait présent. Apparemment, celui-ci durerait quelques mois, le temps de s’acclimater, de se sentir plus à l’aise avec la langue et de se faire quelques amis sur place.
Honnêtement, à part quelques rares épisodes, je n’y avais jamais été confrontée, que ce soit en Angleterre ou en Irlande. Mais ça, c’était avant, avant mon dernier déménagement, celui qui m’a menée outre-Rhin. En Allemagne. En Bavière même. Mon choc culturel actuel avec ce pays dure depuis plus de six ans.
On me décrit comme à cheval sur les règles, bosseuse et efficace. Des qualités ou tares qui auraient dû, selon les clichés, faire de moi la candidate parfaite à l’intégration. Or, me voilà plus perplexe que jamais.
Alors voici une anecdote tirée de mon journal d’un OVNI que j’aimerais partager, pour illustrer ce choc culturel, mais aussi se le réapproprier, et surtout, en rire. On n’est pas là pour s’apitoyer.
Le petit voyant lumineux tremblotouille, peu sûr de lui. Il s’éteint brièvement puis se rallume, cette fois-ci il reste au rouge. Et merde. Plus d’internet.
On redémarre la box, mais rien à y faire, pas d’internet. Ce qui est un sacré problème dans la mesure où mon partenaire et moi-même travaillons en freelance principalement depuis la maison.
On appelle l’opérateur, pas de soucis, il peut passer demain matin. Positivement surprenant pour un pays où le service client est plutôt inexistant. En attendant, on surfera via nos cartes SIM.
L’opérateur arrive et nous demande où se trouve la boite principale, qui relie le bâtiment au réseau officiel. On semble se souvenir que celle-ci est juste en dessous de chez nous, quelque part dans le garage. Oui, c’est bien ce que nous avaient dit les proprios.
Mon compagnon descend avec l’opérateur et ils cherchent, cherchent et recherchent la boite. Introuvable. Ils appellent le proprio et là, je vous laisse deviner un peu la suite.
…
Figurez-vous qu’ils se prennent un engueulo monumental. « La boite n’est pas accessible au premier venant, on aurait dû les prévenir, ils font normalement intervenir leur électricien personnel sur ce genre d’affaires et monsieur l’opérateur est prié de déguerpir. »
Ok, on est un peu sonnés, mais on a besoin d’internet, donc pas de confrontation à ce moment, on décide de jouer le jeu des proprios. Qui d’ailleurs, nous remettent un mail incendiaire le soir venu, histoire de.
Donc, pour la prochaine visite, il faut réunir l’opérateur et l’électricien, ainsi que les proprios, ou du moins leur fils, parce qu’apparemment, la fameuse boite principale ne se cache autre part que dans son garage privé.
On trouve une date, évidemment en plein milieu de la semaine, sur nos heures de travail, pour réunir tout ce beau monde.
L’opérateur mène son enquête, et vraisemblablement le souci n’est ni au niveau de notre fil direct ni au niveau de la boite, mais au niveau de l’amplificateur qui lui se trouve quelque part sur le toit, accessible uniquement via… le balcon de la voisine du dernier étage. Qui évidemment, n’est pas là ce jour-là… Rien à y faire, on ne peut pas réparer l’accès à internet sans.
Donc, il faut trouver une nouvelle date, à nouveau sur nos heures de travail, réunissant, je le rappelle : l’électricien élu par les proprios, l’opérateur internet, le fiston pour accéder à son garage privé, la voisine du dessus pour permettre l’accès à son balcon, et évidemment nous-mêmes. Autant dire qu’il faut que toutes les étoiles s’alignent. Mais on finit par y arriver, plusieurs semaines plus tard.
Je vous passe la facture de la connexion SIM pour des journées de travail sur internet, le temps que le wifi ne marche pas et que, bien sûr, on continue tout de même à payer l’opérateur, la faute n’étant pas dans leur camp.
Donc, nous voilà, quelques semaines plus tard, un beau groupe de cinq à six personnes réunies pour réparer UNE connexion internet.
Il est d’ailleurs décidé de remplacer notre câble, qui passe par un chemin assez surprenant, ayant nécessité une journée d’intervention d’une équipe d’ouvrir, encore une fois en plein milieu de la semaine. En effet, celui-ci passe par la chambre à coucher, le bureau et le balcon avant d’arriver dans le salon, à chaque fois via un petit trou mal fait, sinon ce n’est pas drôle.
Alors, efficace, selon vous ?