Le journal d'un OVNI #5 - Vespula germanica

Cinq.

Cinq guêpes qui explorent fébrilement mon assiette. Davantage de guêpes que d’ingrédients restant au fond de celle-ci.

Un autre escadron au nombre grandissant tourne lui autour de mon petit verre de blanc.

Nous sommes en fin d’été, attablés à un Biergarten local. Pendant que tout ce monde s’affaire et s’agite, j’ai opté pour la technique de la pierre. Je ne bouge plus, n’ose plus respirer ni expirer par la bouche — il parait que le dioxyde de carbone les attire. Je suis couverte de sueur, mon cœur bat à cent à l’heure. Mais tout observateur extérieur ne verrait qu’une personne calme et maitresse d’elle-même, comme figée dans l’instant. Du moins c’est que je pense, et j’espère surtout duper les guêpes.

J’ai par le passé essayé la technique de la fuite. Un autre Biergarten, une autre ville. Un jour d’été sous une chaleur écrasante, cette fois-ci un Radler sur la table à la place du vin. Quatre personnes autour de la table, dont une endimanchée émanant un parfum ultra-fruité et entêtant qui rendait folles les guêpes locales. Une dizaine nous tournait autour et cette fois-là, je n’étais pas restée en place. Prise de panique, j’ai effectué plusieurs tours de la table de bois en courant, poursuivie par ce que j’estimais être la cheffe d’escadron. Évidemment, cela s’est soldé en une piqure à la douleur pulsée, un sentiment d’humiliation, les moqueries de mes voisins de table, et l’envie de partir loin d’Allemagne et tout envoyer bouler.

Une envie qui m’a reprise lors d’un cours de pole dance munichois, où je luttais déjà contre la canicule, la force centrifuge, la gravité et le regard désobligé de ma prof face à mes pieds non pointés. En effet, en pleine figure dite Extended Butterfly, la tête en bas et les muscles au bord de craquer, j’ai aperçu avec horreur une guêpe fonçant droit sur moi, ma peau nue présentant un champ de piqure idéal. J’ai perdu l’équilibre, me suis rattrapée in extremis, atterri, puis couru loin de la barre, sous le german stare ébahi des autres élèves. Après explications, elles ont bien ri — pas de la situation, mais de moi et de ma peur des guêpes. En effet, les Allemands n’ont pas ce concept. Au Biergarten ou au pole, ils continuent de faire comme si celles-ci n’existaient pas, et prétendent que les piqures ne les gênent pas.

Donc, cette fois-ci, dans une volonté de rester docte et respectable, et surtout de ne pas me faire remarquer, je tente la technique de la pierre. Elle marche bien, pas de piqure, mais un repas gâché et quelques précieuses minutes de vie perdues suite à un stress intense.

Cela dit, ce n’était rien comparé à quelques étés plus tard, lorsqu’un nid s’est installé dans le faux plafond en bois de notre balcon.

Fraichement revenus de vacances, nous avions trouvé ces nouvelles occupantes et tout de suite informé nos propriétaires pour faire retirer l’essaim — sans les tuer, bien évidemment, ça coûte très cher par ici. Jusqu’à 50 000 euros. Et nous ne pouvions pas le faire nous-mêmes, car toute action sur notre appartement doit être approuvée par les proprios en question (comme vous l’avez découvert dans la brève 1).

Ces derniers ayant décrété qu’elles ne présentaient pas de danger direct étant à l’extérieur, même si sur notre balcon, nous avions donc fait une croix sur nos dîners al fresco. Ainsi que sur la possibilité d’ouvrir les fenêtres du salon et du bureau tout l’été, celles-ci donnant sur ledit balcon. Pratique. J’arrosais mes plantes en courant à 6 h du matin avant que l’essaim ne s’éveille et s’active, tout en me figeant au premier vrombissement.

Après ces mésaventures, il m’a fallu mettre en place une technique pour cohabiter cette fois-ci avec la guêpe allemande, aka la Vespula germanica. Plus grande que la guêpe commune française, c’est la science qui le dit. Plus agressive aussi, selon moi.

Et pour vous remercier d’avoir lu jusqu’ici, je vous dévoile cette technique en exclusivité en fin d’article. Mais d’abord un aparté : avant de trouver la technique finale, j’ai tenté le tout pour le tout. Ma belle-mère (par ailleurs adorable) ayant fraichement terminé une formation en hypnose, je l’ai laissée m’utiliser comme cobaye pour éprouver ses techniques. S’en est suivie une séance à devoir imaginer des petites guêpes souriantes et gentilles me parlant allemand, ce qui, malheureusement, mais sans surprise, n’a pas eu l’effet escompté. J’imagine aussi qu’inconsciemment, l’inconscient ne se laisse pas aisément explorer par sa belle-famille.

Enfin bref, pour revenir au vécu et au conscient, voici la technique de choc : un pschitt pschitt rempli d’eau.

Prenez-en un réglable, qui vise loin. Et pschittez au premier vrombissement, juste au-dessus de la guêpe. Celle-ci croira qu’il pleut et partira. Dans la plupart des cas. Certes vous serez perçue comme la folle au pschitt, mais franchement, ça marche. Munissez-vous de ce pschitt partout où vous allez : piquenique, biergarten, balade en ville, jardin des beaux-parents. Faites-en votre accessoire incontournable de l’été.

Puis, tout bénef, pschittez-vous après pour vous rafraichir après ce coup de chaud.